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2 septembre 2019

Accidents du travail 2.0

Pascal Leroy
Directeur Commercial
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L’augmentation de l’imprévisibilité accentue la difficulté des entreprises à protéger et à prendre soin de l’une de leurs principales ressources : leurs employés.

Résumé

Le recul des accidents professionnels courants, au cours des dernières décennies, est une avancée certaine dans notre société. De nos jours, la probabilité de subir un accident grave ou fatal au travail est beaucoup moins élevée, en grande partie grâce à une amélioration de la gestion des risques, de la sécurité et de la réglementation. Le taux d’accidents mortels dans l’Union européenne a chuté entre 1994 et 2015, passant de 4 à seulement 1 pour 100 000 travailleurs.

Néanmoins, de nombreuses entreprises sont confrontées à une incertitude grandissante en ce qui concerne le bien-être de leurs employés. L’automatisation, les modèles opérationnels changeants et les enjeux sociétaux majeurs impactent considérablement l’environnement de travail. Les individus sont désormais susceptibles de vivre plus longtemps et de travailler à distance. Ils bénéficient de moins en moins de la sécurité de l’emploi et sont davantage exposés au stress ou aux troubles musculo-squelettiques.

Les robots réduisent la pression

La technologie devrait être l’un des facteurs les plus importants dans l’évolution des tendances relatives aux accidents du travail. D’ici 2020, il est prévu que le nombre de robots industriels atteigne trois millions, soit près du double du nombre actuel.

Les robots devraient prendre en charge de nombreuses activités à haut risque et tâches manuelles répétitives actuellement réalisées par les humains, ce qui devrait se traduire par une baisse significative des accidents du travail.Toutefois, de nouveaux dangers pourraient émerger en raison de la coexistence croissante entre les personnes et les machines autonomes. En 2015, un technicien est décédé du fait d’un accident avec un robot dans une usine Volkswagen en Allemagne et en 2018, 24 employés ont été blessés dans un accident impliquant un robot d’un entrepôt d’Amazon.

Tandis que la technologie et l’automatisation ont permis de

rendre le lieu de travail plus sûr du point de vue des accidents professionnels « classiques », les employeurs doivent être attentifs aux conséquences inattendues résultant potentiellement des progrès technologiques.Cela exige une bien plus grande créativité dans l’élaboration des scénarios d’hypothèses liés à la gestion des risques.

Un quart des cadres dirigeants interrogés ont déclaré que leur entreprise ne proposait aucun accompagnement en matière de santé mentale sur le lieu de travail. Pourtant, parmi les entreprises ayant mis en place des programmes de soutien relatifs à la santé mentale en milieu professionnel, 62 % ont constaté une hausse de la productivité des employés.

Des emplois pour les humains

La technologie transforme la façon dont les individus travaillent, ainsi que la nature même de l’emploi proposé. Si les machines accomplissent la majorité des tâches les plus difficiles, les ouvriers se dirigent vers des fonctions présentant un risque plus élevé de troubles musculo-squelettiques, notamment des douleurs dorsales ou cervicales et des microtraumatismes répétés.

Aux États-Unis, la moitié des personnes adultes souffrent d’un trouble musculo-squelettique, ce qui représente environ 213 milliards de dollars en traitements et pertes de salaire chaque année, d’après un rapport publié par United States Bone and Joint Initiative. Selon l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail, l’EU-OSHA, les

troubles musculo-squelettiques du cou et des membres supérieurs liés au travail représentent déjà 45 % de l’ensemble des maladies professionnelles.
Les troubles musculo-squelettiques pourraient également augmenter avec l’essor du travail flexible ou à distance. Près de la moitié de la main-d’œuvre du Royaume-Uni

devrait pratiquer le télétravail d’ici 2020. Les employés travaillant à distance sont sujets aux troubles musculo-squelettiques tels que les douleurs de dos chroniques, du

fait de leurs mauvaises conditions de travail et de leur utilisation d’ordinateurs portables en dehors du bureau.

Santé mentale

La technologie et les changements sociétaux peuvent par ailleurs augmenter les cas de dommages non corporels comme la mauvaise santé mentale, qu’il s’agisse, entre autres, de stress causé par le travail ou d’un sentiment général d’insécurité ou d’anxiété.

L’indice de l’étude Gallup de 2018 a révélé que plus d’une personne sur trois dans le monde entier avait récemment été confrontée à l’inquiétude ou au stress, tandis que le nombre de personnes ayant éprouvé de la colère avait atteint un nouveau record.

La dernière enquête de QBE a montré que 40 % des entreprises sondées avaient connu une perte

d’activité attribuable au fait que des employés avaient continué à travailler malgré des problèmes de santé mentale (le coût de la perte d’activité ou de contrats liée à la mauvaise santé mentale d’un employé était évaluée à 52 000 £ en moyenne).
Surmonter les stigmates de la maladie mentale est l’un des défis les plus importants pour

62 %

des entreprises qui s’engagent pour la santé mentale sur le lieu de travail ont vu la productivité de leurs employés augmenter

les employeurs. Deux tiers des employés interrogés par QBE ayant connu un problème de santé mentale ne l’ont pas signalé. La moitié des employés interrogés n’ont pas pris de congé ou de période d’arrêt pour se remettre de leur problème de santé mentale, bien que l’écrasante majorité (94 %) ait reconnu que cette situation avait eu des effets néfastes sur sa productivité.

 

Un quart des cadres dirigeants questionnés dans le cadre de l’étude ont déclaré que leur entreprise ne proposait aucun accompagnement en matière de santé mentale sur le lieu de travail. Pourtant, parmi les organisations ayant mis en place des programmes de soutien relatifs à la santé mentale en milieu professionnel, 62 % ont indiqué avoir constaté une hausse de la productivité des employés.

Vieillissement de la population active

Les vastes changements sociétaux sont également un facteur qui influence la prévisibilité des lésions corporelles. Avec l’extension de l’espérance de vie et la baisse des taux de fécondité, la main-d’œuvre est vieillissante. D’ici 2050, une personne sur six dans le monde aura plus de 65 ans (16 % de la population mondiale), contre une sur onze en 2019 (9 %), et une personne sur quatre en Europe et en Amérique du Nord pourrait être âgée de 65 ans ou plus.

16 %

de la population mondiale aura plus de 65 ans en 2050

1m+

de Britanniques devraient être atteints de démence d’ici 2025

Selon l’Health and Safety Executive au Royaume-Uni, les travailleurs plus âgés apportent un large éventail de compétences et d’expériences dans le milieu
de travail et sont généralement moins exposés que les employés plus jeunes aux accidents professionnels. Cependant, les accidents impliquant des travailleurs seniors sont plus susceptibles d’entraîner des blessures graves, l’invalidité permanente ou le décès. En outre, les employés plus âgés ont tendance à glisser, trébucher et tomber davantage et leur rétablissement suite à une blessure nécessite souvent plus de temps.

Alors que la vie professionnelle des personnes s’allonge, les employeurs doivent prendre des mesures d’adaptation à l’égard des employés souffrant de certaines affections, telles que la démence et l’arthrite. Il est estimé qu’un quart de la population adulte aux États-Unis sera atteinte d’arthrite d’ici 2030, tandis qu’un million de personnes au Royaume-Uni souffriront de démence d’ici 2025, par rapport à environ 850 000 actuellement.

Maladies liées au travail

L’utilisation accrue des produits chimiques dans notre société, associée à l’innovation dans les sciences des matériaux et l’industrie biotechnologie, est potentiellement une source d’incertitude supplémentaire pour l’avenir.

Par exemple, les nanomatériaux et nanoparticules sont d’ores et déjà largement utilisés dans l’ingénierie, la médecine et l’industrie pharmaceutique, bien que leurs répercussions sur la santé soient encore peu connues. Un rapport du Conseil de la recherche médicale du Royaume-Uni a démontré que les nanotubes de carbone pouvaient présenter un risque de cancer semblable à celui de l’amiante.

La population vieillissante a un rôle à jouer, de même que la réglementation accrue de la sécurité des produits et l’environnement juridique. À mesure que la population vieillit, les pathologies latentes risquent d’être plus préjudiciables que par le passé, les réglementations et les tribunaux facilitant les recours

des consommateurs à l’encontre des organisations, afin de déterminer les responsabilités de ces dernières ou de réclamer des dédommagements.

Le laboratoire Bayer pourrait avoir à verser plusieurs milliards de dollars après que les tribunaux américains aient établi le lien entre l’herbicide Roundup et le cancer, tandis que Johnson & Johnson se défend contre des milliers de plaintes concernant des cas de mésothéliome liés à ses produits à base de talc. L’industrie du transport aérien fait aussi l’objet de poursuites judiciaires engagées par des pilotes et du personnel de cabine attribuant leurs maladies chroniques à une exposition prolongée à des fumées toxiques à bord des avions.

Santé et bien-être

La prise de conscience grandissante des questions de santé publique et la nécessité d’attirer de nouveaux talents poussent les organisations à porter leur attention sur des engagements plus importants à l’égard des employés, ainsi que sur le bien-être. Les employés satisfaits sont en général plus productifs, plus prévisibles, et la culture aussi bien que l’éthique d’une organisation sont cruciales pour attirer et retenir les talents.

41 %

de réduction de l’absentéisme

17 %

d’augmentation de la productivité

Dans une étude datant de 2017, les entreprises affichant un niveau d’engagement élevé signalaient une diminution de 41 % du taux d’absentéisme, une hausse de 17 % de la productivité et une réduction de 24 % du turnover.

Les blessures corporelles vont exiger des assureurs qu’ils adoptent une approche différente, axée de façon croissante sur la prévention des sinistres et les services d’atténuation. L’assurance responsabilité civile de l’employeur ne couvre habituellement qu’une faible proportion du coût de l’arrêt de travail d’un employé. Pour

pallier cette insuffisance, les assureurs proposent donc de plus en plus leurs propres services de conseil en matière de risque et s’associent avec des tiers, jouant le rôle de passerelle pour permettre l’accès à des solutions, technologies et conseils innovants en matière de gestion des risques et de prévention des sinistres. Par exemple, la technologie portable peut aider à surveiller et prévenir les lésions du dos liées au travail dans les secteurs à haut risque tels que la santé, l’entreposage, la fabrication, la logistique et la distribution de détail.

Vision holistique

Le progrès sera toujours synonyme de nouveaux risques. L’automatisation, le vieillissement de la population et les habitudes de travail changeantes sont autant de défis qui modifient la dynamique de l’environnement professionnel. Les causes profondes des accidents et maladies liés au travail sont également en train d’évoluer, ce qui augmente l’imprévisibilité des sinistres relatifs aux blessures corporelles. Les employeurs devront à l’avenir considérer la santé et le bien-être de leurs employés de manière plus globale, tout en mettant en œuvre une planification de scénarios créative, sur la base des risques connus et inconnus auxquels leur entreprise est exposée.

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